Le dimanche 12 juillet 1998, c'était hier, lors du sacre de l'équipe de France en finale de la Coupe du monde, 3 - 0 contre le Brésil dans un stade de France en délire tout le pays est sorti dans les rues pour une nuit blanche, pleine de bruit, de fureur, d'enthousiasme. Ce soir-là, Zinédine Zidane, 26 ans à l'époque, Fabien Barthez (27 ans), Lilian Thuram (26 ans), Patrick Vieira (22 ans), Thierry Henry (21 ans) ne s'imaginaient se retrouver en 2006 sur le chemin de la Coupe du monde les Brésiliens qu'ils avaient littéralement pulvérisés en menant 2 - 0 au repos.
■ La grande signification de cet attrayant quart de final se situe dans une notion de durée. Les Zidane, Barthez, Thuram et Henry pour ne citer que quelques Bleus, ont réussi l'exploit de se hisser au sommet de leur art pour éliminer les Espagnols. Le 12 juillet 1998, Zidane avait assommé les Brésiliens avec deux buts d'anthologie.
■ Le 27 juin 2006, le même Zidane parachève la qualification des Français par un but monumental, un chef d'oeuvre de création, en face d'Espagnols qui le connaissent tellement bien qu'ils ont tenté de le déstabiliser par la voie des médias pendant quatre jours. En fait, Zidane a tout simplement puisé dans cette opération d'intox la motivation dont il a eu besoin pour surmonter l'âge de ses artères.
■ En 2002, il avait traîné une sale blessure musculaire. On l'a accusé d'être sur le déclin. Il a souffert de ne pas pouvoir répondre, sur le gazon, par quelques-unes de ses prouesses dont il a le secret. Cette frustation l'a paralysé. Elle a fini par le hanter. *************************************
Sa désastreuse entrée en Coupe du monde 2006, trop anonyme pour lui ressembler, a cristallisé son malêtre. Ces plus proches amis, Barthez, Thuram, Vieira, ont été impuissants pour lui mais aussi pour eux-mêmes. Par exemple Vieira a failli se vexer car on ne cessait de lui rappeler ses deux buts en demifinale du Mondial 1998 aux dépens de la Croatie. « On ne me parle que de ce fameux 5 juillet 1998. Comme si je n'avais rien fait depuis lors sous le maillot de l'équipe de France », soupirait-t-il.
■ De son côté Fabien Barthez traînait le même spleen : « je ne prend pas de but et pourtant, il paraît que je ne suis pas aussi bien qu'en 1998 ». Il s'estimait victime d'une incompréhension généralisée. Il ne s'était jamais exprimé sur son différend avec Grégory Coupet et il gardait en son for intérieur une rancoeur tenace.
■ Contrairement aux apparences, il ne se sentait pas blinder dans son mutisme. Il était rongé de doutes. Après tout, l'ambiance d'une très grande rencontre lui manquait certainement.
Ne serait ce, d'ailleurs, que pour envisager une suite de carrière lucrative à la fin de son contrat le liant avec l'Olympique de Marseille, qui lui rapporte plus de trois millions d'euros par saison. En se surpassant dans la vitrine du football mondial, Barthez peut envisager un prolongement, en Espagne, en Allemagne, en Italie ou ailleurs. Les Espagnols ne lui ont pas apporté un supplément de salaire : à 35 ans, il peut toucher le gros lot en brillant devant les Ronaldo, Ronaldinho et autres Adriano ou Kaka. C'est son challenge personnel.
■ Le cas Lilian Thuram et Patrick Vieira est assez spécial. Tous deux ont fourni une médiocre saison à la Juventus de Turin, champion d'Italie, soumis en ce moment à une enquête judiciaire et fiscale. Ils étaient contestés par les Turinois mais pas par Raymond Domenech qui leur a confirmé sa confiance indestructible tout au long de la campagne difficile de qualification pour le rendez-vous en Allemagne.
■ Thuram a failli coûter cher au Français sur le penalty accordé aux Espagnols et transformé par Villa. La sanction était juste. Thuram ne s'en serait pas remis sans la complicité de Patrick Vieira son cadet et son supérieur en influence tactique au sein de l'équipe de France. Pourtant, Vieira a abordé le Mondial en petite condition physique avant de s'épanouir au quatrième match. Il était temps !
■ La résurrection de Vieira, éblouissante, s'est concrétisée par un but décisif. Pour lui, ça a été une véritable aubaine, pour les Espagnols, catastrophique. « As-tu gardé du punch contre les Brésiliens ? Nous avons besoin de toi ». Vieira peut sourire de complicité dans la mesure où il partage un secret avec Zidane, son capitaine.
■ En effet, Vieira a souffert d'une tenace pubalgie pendant toute la saison, soulagé de ce mal qu'en fin de saison. De là à jaillir dans les buts de Casillas, en attendant d'agir pareillement dans ceux de Dida, cette fin de semaine, il n'y a qu'une étroite marge.
■ Tous ces héros du football contemporain, Zidane, Barthez, Thuram, Vieira et Thierry Henry se préparent à jouer le match le plus important de leur fin de carrière. Mais le profil de Zidane n'est pas celui de Vieira, tout comme celui de Barthez ne ressemble pas à celui de Thierry Henry.
■ D'ailleurs la comparaison pourrait être élargie à d'autres grands footballeurs, comme l'arrière Cafu (36 ans), capitaine en titre du Brésil ou le gardien Dida (33 ans). A chaque nation ses idoles du stade.
■ L'affiche Brésil - France dépasse donc le strict enjeu sportif. La grande génération de 1998, Zidane et Barthez en tête, se dispose à allumer quelques feux d'artifice sur les gazons allemands, Zidane étant à son 782e match professionnel et à son neuvième match seulement de Coupe du monde. La relativité des statistiques n'est qu'un piège : les héros ne meurent jamais...